L'échauffement du batteur : dix minutes qui changent la séance

Batteur en concert, bras levés au-dessus des cymbales, derrière son kit

Un guitariste s'accorde, un chanteur vocalise, un batteur s'assoit et tape. C'est une habitude étrange quand on y pense : la batterie est l'instrument le plus physique du groupe, et c'est le seul dont le pratiquant arrive à froid.

Les conséquences sont doubles. À court terme, vous mettez vingt à trente minutes à être vraiment en place. À long terme, c'est l'un des facteurs des douleurs qui finissent par arrêter des batteurs, un sujet que nous traitons en détail dans notre article sur les douleurs au poignet.

Trois minutes sans baguettes

Commencez par faire circuler le sang, pas par étirer. Les étirements passifs sur un muscle froid ne servent à rien et peuvent même gêner.

Rotations de poignets, mains jointes, vingt secondes dans chaque sens. Doucement, sans forcer l'amplitude : il s'agit de faire circuler, pas d'étirer.

Ouverture et fermeture des poings, une trentaine de fois, jusqu'à sentir la chaleur monter dans les avant-bras.

Rotations d'épaules, grandes, lentes, en arrière puis en avant. La plupart des tensions de batteur naissent dans les trapèzes, pas dans les mains.

Rotation de nuque, doucement. Vous allez passer une heure à regarder votre caisse claire. Trois tours de chaque côté suffisent.

Cinq minutes sur le pad

Simple stroke roll, tempo très lent, soixante à la noire. Frappes basses, cinq centimètres au-dessus de la surface. L'objectif n'est pas de jouer, c'est de réveiller la coordination.

Montez progressivement : hauteur de frappe d'abord, tempo ensuite, jamais les deux en même temps. Vous devez finir ces cinq minutes sans jamais avoir eu à forcer. Concrètement : une minute en simple stroke à soixante, une minute à soixante-dix, une minute en doubles au même tempo, une minute en paradiddles, et une dernière minute où vous remontez la hauteur de frappe sans toucher au métronome. La tenue des baguettes compte autant que le mouvement : si vous serrez pendant l'échauffement, vous installez la crispation au lieu de la dissiper.

Deux minutes sur le kit

Un groove simple, très lent, sur toutes les parties du kit. Cymbales incluses : elles sollicitent une amplitude d'épaule que le pad ne travaille pas du tout.

C'est aussi le moment où vous vérifiez que rien n'a bougé dans les réglages.

Et quand il n'y a que deux minutes

Un passage en loge, un changement de plateau, un groupe qui enchaîne : il arrive qu'on n'ait pas dix minutes. Dans ce cas, gardez les deux choses qui comptent le plus et laissez tomber le reste.

Trente secondes d'ouverture et fermeture des poings, puis quatre-vingt-dix secondes de frappes basses très lentes, sur un pad, sur une cuisse ou sur un étui. C'est peu, mais c'est déjà beaucoup mieux que de monter sur scène à froid.

Ce qu'il ne faut pas faire

Commencer par le morceau le plus rapide du set. C'est pourtant le réflexe, par impatience.

S'échauffer fort. Un échauffement se fait en dessous de votre volume normal. Si vous tapez fort pendant l'échauffement, ce n'est plus un échauffement.

Sauter l'étape les jours de concert. C'est précisément là qu'elle compte le plus : vous jouerez plus fort et plus longtemps que d'habitude, souvent dans le froid ou l'humidité.

Après, pas avant

Les étirements ont leur place en fin de séance, pas au début. Avant-bras, poignets, épaules, nuque, quinze à vingt secondes par position, sans à-coup.

Le matériel qui aide

Un pad d'entraînement transportable règle le problème des échauffements en coulisses, où il n'y a jamais de kit disponible.

Et pour l'échauffement lui-même, beaucoup de batteurs utilisent une paire plus légère que celle du concert : une 7A réveille la coordination sans solliciter les avant-bras, avant de reprendre son calibre habituel pour jouer.